Grand Est : Plus d’emplois mais autant de chômage 

20 mars 2017

frontière Allemagne
Le CESER vient d’émettre son tableau de bord économique de la région Grand Est.
Ce tableau de bord du CESER (le conseil économique et social de la région Grand Est), vient d’exposer devant la presse un paradoxe économique pour le nord-est de la France. En effet, les chiffres notent une nette reprise de l’emploi au cours du 4e trimestre 2016 avec 4.700 créations d’emplois dans le Grand Est tout en constatant une stabilité du nombre total de demandeurs d’emploi.
Avantageusement, la région Grand Est continue de bénéficier de la conjoncture favorable de ses voisins frontaliers : Belgique, Luxembourg, Allemagne et Suisse. De fait, cet espace compte 177.250 frontaliers résidant en France. S’ajoute à cela qu’en un an, l’on compte 5.300 emplois frontaliers supplémentaires dans la région venant des deux réacteurs économiques que sont le Luxembourg et la Suisse.
Répartition du travail transfrontalier
En fait, le Grand-Duché, avec ses 90.461 frontaliers représente cinquante pour cent des travailleurs transfrontaliers. Vient ensuite l’Allemagne (Bad-Wurtemberg -13%-, Rhénanie-Palatinat -2%- et Sarre -10%-), qui se positionne comme le second employeur du Grand Est, suivi de la Suisse (20 %) avec 36.722 navetteurs. La Belgique, quant à elle, ne concerne que deux pour cent des travailleurs transfrontaliers. Il est à noter que le Luxembourg et la Suisse sont les moteurs de l’emploi frontalier avec une évolution spectaculaire pour le Luxembourg avec une évolution sur un an de 4.239 frontaliers au troisième trimestre 2016 soit une évolution sur un an de 4,9 pour cent. Pour donner la dimension de la chose, c’est deux fois le site de l’usine de Florange et c’est de surcroit la plus belle année en termes de création d’emplois depuis une dizaine d’année. L’évolution annuelle pour ce pays est de + 3,6 pour cent en évolution moyenne annuelle pour les dix dernières années. Cela fait du Luxembourg le leader puisqu’un frontalier sur deux au sein du Grand Est se trouve être employé dans ce pays. Cela impacte aussi vigoureusement les villes de Thionville et de Longwy en termes de progression démographique.
Pour sa part, la Suisse est aussi un réacteur économique puisqu’avec ses 36.722 employés transfrontaliers, ces derniers bénéficient d’une évolution sur un an de 2,8 pour cent pointant une évolution annuelle moyenne des dix dernières années de +1,4 pour cent. Ici, le cas de l’Allemagne est lui aussi paradoxal. Il y a dix ans, les économistes soutenaient que le Bad-Wurtemberg et la Sarre seraient également des moteurs pour l’emploi. Or, il se trouve qu’avec les 46.000 travailleurs allant travailler de France vers les trois Landers, l’Allemagne stabilise à la baisse ses besoins de personnels malgré les problèmes démographiques auxquels elle doit faire face. D’aucuns soulève l’effet « migrants » pour expliquer ce phénomène sans que la chose soit parfaitement analysée. En fait, l’Allemagne perd 10.000 travailleurs frontaliers par rapport à il y a dix ans. Concernant les taux de chômage, le Grand Est avec ses 9,9 pour cent, se situe à la seconde place derrière la Wallonie, première, et ses 10,9 pour cent. Vient ensuite à la troisième place la Sarre où le chômage est à 7,2 pour cent, le Luxembourg avec 6,4 pour cent, la Rhénanie-Palatinat avec cinq pour cent, soit un état de plein emploi. Vient enfin les 4,8 pour cent de la Suisse et le Bade-Wurtemberg avec 3,8 pour cent.
Grand Est et la France
Si l’environnement frontalier est favorable au Grand Est, on dénombre pourtant pas moins de 462.920 demandeurs d’emplois inscrits dans la région Grand Est en janvier 2017. C’est 8,5 pour cent du chiffre national. Sur une année, le chômage augmente de un pour cent dans cette région. Ceci, alors qu’avec 4.700 créations d’emplois dans le Grand Est, c’est ici le plus beau résultat depuis le troisième trimestre 2008. Les trois anciennes régions (Alsace, Lorraine et Champagne-Ardennes), sont aussi concernées par ces créations. Pour 2016, l’augmentation est de 5.189 postes salariés pour l’Alsace, de 1.939 postes pour la Lorraine et 418 pour Champagne-Ardennes. Toutefois, la région Grand Est participe pour seulement 3,5 pour cent des emplois créés en 2016, alors qu’elle représente 7,7 pour cent des emplois du secteur marchand.
Globalement, cinq constats émergent de l’analyse économique du CESER sur le Grand Est : En premier, il y a donc une éclaircie sur la création d’emplois mais encore sans effet sur le chômage. Second constat, l’on constate un dynamisme du commerce extérieur Grand Est. En troisième lieu, le secteur des services est à la hausse mais avec une baisse dans l’industrie et la construction. En quatrième, le Grand Est voit une croissance démographique qui est peu créatrice d’emplois. En cinq, l’indicateur de l’intérim retrouve son niveau d’avant la crise de 2008. Il est par ailleurs à constater que sur la période 1997-2016, les régions PACA, Ile de France, Pays de Loire, Bretagne, Aquitaine, Rhône-Alpes, représentent 72 pour cent des emplois et 90 pour cent des créations d’emplois. Alors que les Hauts de France, la Normandie, Le Centre-Loire, le Grand Est et la Bourgogne représente 28 pour cent des emplois et seulement dix pour cent des créations d’emplois.
Jean-Pierre COUR
Photo d’ouverture : © DR.

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