La culture « citoyenne » existe-t-elle ?

12 mai 2017

Patrick Tassin photo JP Cour -

Le conseil économique et social Grand Est s’interroge sur l’usage et l’importance de la culture, en termes d’aménagement du territoire. 
Il y a peu, le CESER (Conseil économique et social du Grand Est de la France) ouvrait un débat à Metz au centre Pompidou sur les relations de la population avec la culture en s’interrogeant de savoir : « consommateurs ou citoyens ». Bref, le CESER s’attachait à comprendre si la culture est encore, au final, réservée à une sorte d’élite et, par ailleurs, change-t-elle durablement les territoires et leur attractivité.
La création artistique et les activités culturelles en général sont encore trop perçues par une partie de la population comme ne faisant pas partie de leur quotidien. Cette population considérant que l’espace culturel est encore réservé à des « experts » et des « professionnels » vivant dans un monde clos. Or, le renforcement ces dernières années de la démocratie participative dans la vie politique fait que les le « fait culturel » s’émancipe des institutions : Etat, régions, collectivités diverses, etc. Ceci en raison de la baisse continue des subventions culturelles de leurs parts mais aussi de l’apparition de vecteurs plus horizontaux et moins hiérarchisés comme les réseaux sociaux et les moyens numériques. Pour reprendre la main, les institutions s’engagent aujourd’hui dans cette atomisation des vecteurs culturels dans l’espoir d’impliquer encore plus les citoyens… et tout cela à moindre frais. Du coup, émerge dans la population un nouveau besoin, une nouvelle revendication, une nouvelle attente : la mise en œuvre des « droits culturels ».

« La culture n’est pas volatile »

Ce débat s’est joué entre le président du CESER, Patrick Tassin, l’ancien ministre aujourd’hui président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, Catherine Trautmann, elle aussi ancienne ministre et aujourd’hui présidente de la commission Culture à la région Grand Est, ainsi que différents témoins de la vie culturelle régionale. Il ressort de cela que la région Grand Est à réduit ses interventions en direction de la culture passant des 57 dispositifs à 25. A cela, on nous répond que certains dispositifs regroupent aujourd’hui plusieurs anciens. Globalement, les acteurs culturels, comme la région Grand Est elle-même, notent que les moyens sont en baisse (- 6,3 %). A cela, le président de la seconde assemblée régionale (le CESER), Patrick Tassin, s’insurge considérant non seulement la nécessité de soutenir la culture, mais que celle-ci est un vecteur de promotion et d’attractivité des territoires dans l’ensemble des champs économiques, mais aussi de la formation tout en créant du « lien social ». Il est à rappeler aussi que la « sphère culturelle » emploie pas moins de 36.000 personnes dans la région Grand Est.

L’ensemble des intervenants au centre Pompidou regrettaient par ailleurs l’absence de prise en compte de la culture lors de la dernière campagne présidentielle française. Ici, Patrick Tassin notait ici : « La culture n’est pas volatile, elle a un impact sur le territoire et ce sont des questions nouvelles dont le politique doit enfin s’emparer sous tous ses aspects. Il faut donc solidariser les institutions, réaliser un calendrier qui ne superpose pas les grands rendez-vous et inscrire les manifestations dans le temps. Il faut aussi par ailleurs prendre en compte l’espace européen et transfrontalier avec la Wallonie, le Luxembourg, l’Allemagne et la Suisse. Ayant deux fois la surface de la Belgique, le Luxembourg et la Suisse nous regardent maintenant de façon plus attentive ». Pour l’ancien ministre Xavier Bertrand : « Je ne suis pas un ‘culturaux’ , mais à la président de la région Haut de France, la culture était un bon moyen de lutter contre le FN. En effet, ce dernier se construit sur l’ignorance et la misère. La culture est ici une bonne réponse politique ».
Jean-Pierre COUR

Photo : Patrick Tassin © JP Cour

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