Le poids de Fernand Léger

15 mai 2017

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« Le beau est partout », l’exposition temporaire dédiée au peintre Fernand Léger au centre Pompidou de Metz, propose aux visiteurs du 20 mai au 30 octobre, les œuvres de ce peintre engagé tout autant dans son l’art qu’en politique.

Peintre de l’architecture des villes comme de ses habitants, Fernand Léger se veut être le témoin attentif des mutations de son époque (1881 – 1955). De fait, Fernand Léger est l’une des figures les plus célèbres de l’aventure de la modernité dans le domaine de la peinture. De l’avant-garde cubiste à l’engagement communiste, la peinture de Léger reste associée à la vision d’une humanité transfigurée par la machine et la production en série. Pourtant au-delà de ces images puissantes, son œuvre à la fois multiple et cohérente, échappe tout autant à la catégorisation qu’aux écoles et mouvements picturaux.

Créer le beau partout

Le peintre explique lui-même la conception dans laquelle il faut voir cette exposition : « Il n’y a pas le beau, catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur le mur blanc d’une cuisine, aussi bien que dans un musée » (L’Esthétique de la machine, l’ordre géométrique et le vrai, 1923). La formule de Fernand Léger résonne comme un hymne à la liberté du regard, refusant tout académisme du goût et toute hiérarchie constituée entre les Beaux-Arts et le quotidien. L’artiste fait le constat de la puissance esthétique de la vie moderne, trépidante et colorée, et du défi extraordinaire que celle-ci représente pour les artistes.

Sans jamais cesser d’être peintre, Fernand Léger contribue à des domaines aussi variés que le livre illustré, le décor de scène, la peinture murale, le cinéma expérimental, ou le photomontage. Embrassant son parcours dans sa diversité, l’exposition rétrospective Fernand Léger, ‘Le Beau est partout’, éclaire sous un jour neuf la manière dont l’artiste réinvente la peinture en puisant au spectacle du monde et en s’ouvrant aux autres arts. Rares sont les peintres modernes à avoir tissé des liens aussi étroits avec des créateurs, venus de l’architecture (Le Corbusier, Charlotte Perriand, Paul Nelson…), du cinéma (Abel Gance, Marcel L’Herbier, Sergueï Eisenstein…), de la danse (Jean Börlin), de la musique (Darius Milhaud, Arthur Honegger…) ou de la poésie (Blaise Cendrars, Vladimir Maïakovski…).

Avant-garde populaire

Présentant cinq décennies de création, le parcours thématique de cette rétrospective reflète l’image vivante de la peinture en train de s’inventer. Nourrie par la vitalité de son époque, l’œuvre de Léger a vocation à sortir de son cadre, à se déployer à l’écran, sur la scène ou sur les murs de la ville comme anticipant la façon dont l’art se propage de nos jours. Au-delà du renouvellement des formes, son approche transdisciplinaire est lié à son engagement politique et à son désir de faire entrer l’art dans la vie quotidienne. Rendre l’art populaire dans la volonté de la faire partager au plus grand nombre.

Cette exposition monographique s’appuie sur le prêt exceptionnel de nombreuses œuvres du centre Pompidou de Metz, complété de pièces majeures de grandes collections publiques et privées internationales. À travers de nombreux documents d’archives, elle présente aussi les différentes facettes de l’homme en tant qu’auteur de textes fondateurs sur la peinture et sur son temps, grand voyageur, voire, professeur dans l’atelier duquel se formeront des centaines d’artistes.

Vingt ans après la rétrospective organisée à Paris, le centre Pompidou-Metz rend hommage à la personnalité hors du commun d’un grand nom de l’avant-garde. Avec ses prêts exceptionnels, l’exposition s’inscrit aussi comme un événement-phare de l’année anniversaire des 40 ans du Centre Pompidou à Paris dont les missions fondamentales entrent en parfaite résonnance avec les idéaux de Fernand Léger et dont Metz se fait l’écho. La vocation de ces deux espaces dédiés à l’art contemporain marquant ainsi leurs vocations : ouverture à la création sous toutes ses formes et accessibilité au plus grand nombre. Présentée sur un territoire marqué par l’histoire industrielle, cette exposition thématique trouve ici sa légitime expression.

Jean-Pierre COUR

Illustration : Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David, 1948 – 1949. Huile sur toile, 154×185 cm. (fragment)

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